FORMATEUR ASTUCIEUX RECHERCHÉ! : ÊTES-VOUS PRÊT À EN FAIRE MOINS POUR EN AVOIR PLUS?

 

Former en 2019, c’est captiver des cerveaux à travers des défis multisensoriels. L’approche des 4 C incarne cette philosophie. En permettant de capter l’attention des apprenants, cette étonnante approche leur redonne la responsabilité de l’apprentissage plutôt que de l’imputer au formateur. Ce faisant, elle diverge de plusieurs façons de faire traditionnelles.

Les quatre paradigmes

L’approche des 4 C remet en question certains de nos paradigmes.

1er paradigme : le rôle du formateur. Le formateur devient un facilitateur d’activités plutôt que le principal canal par lequel les concepts sont amenés aux apprenants. Dans les faits, les apprenants découvrent par eux-mêmes les concepts. Le facilitateur est positionné comme un coach plutôt que comme un expert.

2e paradigme : le rôle des apprenants. Ce rôle est propulsé vers la responsabilisation parce qu’il a rarement été aussi participatif et exigeant. Certains seront nostalgiques du temps où tous les concepts leur étaient livrés « clés en main ». Dans les faits, les apprenants déterminent eux-mêmes leur objectif d’apprentissage, diffusent la documentation et créent leur aide-mémoire.

3e paradigme : les organisations. Les organisations doivent s’habituer au fait que les apprentissages varieront d’un groupe à l’autre parce qu’ils émergent de l’expérience variée des apprenants constituant chaque groupe.

4e paradigme : le rythme. Stimuler les cerveaux requiert un rythme rapide, des changements fréquents et des retours réguliers sur les apprentissages. Une attention particulière est portée au lancement des formations, où la prédisposition cérébrale est optimale. L’introduction est limitée à deux minutes. Les apprenants sont ensuite propulsés dans l’action.

Les 4 C, un processus d’apprentissage reposant sur quatre phases

Phase 1 : établir des connexions

Dans cette première phase, les apprenants sont appelés à créer des liens avec :

  1. ce qu’ils savent déjà (ou pensent savoir) à propos du sujet visé par la formation;
  2. ce qu’ils apprendront;
  3. ce qu’ils veulent apprendre;
  4. les autres personnes avec qui ils apprendront.

Le désir d’apprendre et de se connecter de manière significative à l’environnement physique et à tout ce qui s’y trouve est inné. Cela signifie qu’afin d’apprendre efficacement, chaque apprenant a besoin de se connecter :

  1. au sujet sur lequel il sera formé;
  2. à ses expériences passées;
  3. à ses connaissances antérieures.

L’objectif de cette phase consiste à stimuler l’intérêt de l’apprenant pour le sujet proposé jusqu’à ce qu’il devienne significatif à ses yeux. Une fois le sujet devenu important pour l’apprenant, le désir de s’associer à tous ceux qui peuvent l’aider à en apprendre davantage est accru. La suite du processus coule de source une fois franchi ce premier pas crucial.

Phase 2 : partager des concepts

Au cours de cette deuxième phase du processus, les apprenants absorbent les nouvelles informations qui leur sont proposées de manière multisensorielle : entendre, voir, discuter, écrire, réfléchir, imaginer, schématiser, participer et enseigner aux autres.

À mesure que le cerveau s’imprègne du sujet, il rassemble toute l’information accessible par l’ensemble des sens (regarder, écouter, faire des essais et des erreurs) jusqu’à ce que soient créés des schémas mentaux et physiques qui se traduiront par la cognition, l’émotion et l’action physique.

Cela signifie que l’apprenant va essayer d’intégrer les nouvelles informations provenant de son monde cognitif, émotionnel et physique. Un « débat » aura alors lieu dans son cerveau jusqu’à ce que des liens soient créés pour lui permettre de faire le pont entre ce qu’il sait déjà et ce qu’il est en train d’apprendre.

Phase 3 : pratiquer concrètement

Au cours de cette troisième phase du processus, les apprenants mettent activement en pratique leurs nouvelles compétences ou participent à un examen actif des nouvelles connaissances qu’ils ont acquises.

Au fur et à mesure que le cerveau absorbe de nouvelles informations, il commence immédiatement à les tester.

Cela implique que l’apprenant a besoin de temps pour s’entraîner à utiliser les informations qu’il a reçues et qu’il apprendra autant de ses erreurs que de ses succès. Progressivement, il en viendra à maîtriser ce qu’il a appris.

Phase 4 : tirer des conclusions

Au cours de cette dernière phase du processus, les apprenants résument ce qu’ils ont appris et créent des plans d’action concernant la façon dont ils prévoient utiliser ces nouvelles connaissances ou compétences. C’est également l’occasion pour eux d’évaluer et de célébrer leur apprentissage.

Tout au long de ce processus d’apprentissage, le cerveau planifie comment il utilisera ce qu’il a appris. Ce faisant, les nouveaux apprentissages s’imbriquent à ce que la personne savait déjà, ce qui permet l’émergence de nouveaux schèmes de référencement (cognitif, émotionnel et physique).

Cela signifie que l’apprenant fera de l’autoréflexion afin d’évaluer ce qu’il a appris et comment cela influencera sa façon de faire habituelle. Ce qu’il ressent au sujet de l’ensemble de cette expérience d’apprentissage déterminera également s’il désire continuer d’apprendre sur ce sujet.

Nous avons expérimenté cette approche pour vous

Imaginez! Les apprenants sont accueillis au son d’une musique entraînante dans une salle où l’ambiance est à la fête. Les tables, disposées en cercle, sont ornées de différents éléments colorés (Post-it, crayons de couleur, cartons, collants et brillants). Une muraille recouverte d’affirmations en lien avec le sujet décore un mur entier de la salle.

Phase 1 : établir des connexions

Durant la semaine qui précède la formation, les apprenants sont invités à réaliser minimalement l’une des trois activités préparatoires suivantes, destinées à les familiariser avec le sujet : chasse à l’information dirigée sur le Web, questionnement personnel, questionnaire à choix multiples. Chacune de ces activités prend huit minutes. L’intention est de commencer à faire travailler les cerveaux.

Lors du lancement de l’activité, les apprenants sont invités à écrire ce qu’ils aimeraient apprendre au cours de cette formation (leur WIIFM, pour What’s in it for me) sur un Post-it et à le coller sur le « mur aux objectifs ».

Comme seuls les apprenants sont responsables de l’atteinte de ces objectifs, les Post-it ne sont pas relus par le formateur.

En guise d’activité brise-glace, les apprenants sont invités à interroger trois personnes sur l’élément le plus pertinent retenu de l’activité préparatoire. Les équipes (par table) synthétisent l’information. Une plénière permet ensuite la mise en commun des éléments les plus significatifs.

Beaucoup d’action pour une partie de la formation traditionnellement présentée de façon magistrale!

Phase 2 : partager des concepts

Les apprenants visitent des stations évoquant chacune un concept important.

Leur mission : définir en deux ou trois mots ce qu’évoquent les concepts pour eux. Le but de cet exercice est de se familiariser avec chacun des sujets (deux minutes par station).

Les apprenants se regroupent ensuite en fonction du concept qu’ils veulent le plus explorer. Fortes d’un résumé des éléments importants, préalablement rédigé par l’animateur, les équipes ont comme défi de synthétiser les faits saillants. Elles doivent organiser l’information afin de la présenter de façon créative au groupe.

Vous observez que le formateur, astucieux, n’intervient pas dans la diffusion des notions « à transmettre ».

Phase 3 : pratiquer concrètement

Chaque équipe devient responsable de former les autres en présentant le fruit de son travail de synthèse.

Après chaque présentation d’un concept-clé, les apprenants préparent une question. Ces questions sont ensuite assignées à une autre équipe, qui devra y répondre une vingtaine de minutes plus tard. Cette pratique a pour but d’ancrer l’information dans le cerveau afin de favoriser la mémorisation à long terme.

Pour que chacun intègre rapidement le contenu livré par les autres équipes, les apprenants sont appelés à se créer des aide-mémoire graphiques en temps réel. L’aide-mémoire graphique consiste en une feuille avec des formes géométriques variables qui rappellent simplement les titres des blocs importants du contenu partagé pour que l’apprenant puisse y consigner les informations multisensorielles qui sont significatives pour lui.

Vous observez ici le rythme intense et les retours planifiés afin d’ancrer les apprentissages.

Phase 4 : tirer des conclusions

Les apprenants travaillent en dyades afin de partager ce qu’ils avaient planifié d’apprendre, ce qu’ils ont effectivement appris et comment ils comptent intégrer ces éléments gagnants à leur pratique.

Source : Revue RH, volume 22, numéro 3, juillet/août/septembre 2019.